Didier Burkhalter, ministre des affaires étrangères, veut rattacher l'armée suisse à l'UE

Avec l'aimable autorisation de l'auteur de l'article, Beni Gafner, nous vous proposons ici l'article brûlant "Ertüchtigung durch Deutschland" (Renforcement grâce à l'Allemagne) paru dans le quotidien bâlois "Basler Zeitung" du 18 juillet 2016.

Ignorant délibérément la guerre terroriste, les foyers de crise toujours plus menaçant dans l'UE et autour de celle-ci ainsi que les faiblesses intérieures de l'UE, le Conseil fédéral cherche à rejoindre cette organisation précisément dans le domaine de la politique de sécurité. Il a l'intention d'examiner cette année encore un accord-cadre avec l'UE sur la politique étrangère et de sécurité commune (PESC). On dispose désormais d'informations nouvelles de ce que cela signifierait pour la Suisse.

Ces informations ne proviennent pas de la Berne fédérale, mais de Berlin. Il ressort en effet très clairement du nouveau livre blanc intitulé "Sicherheitspolitik und zur Zukunft der Bundeswehr" (Politique de sécurité et avenir de l'armée fédérale) du gouvernement fédéral allemand quel rôle l'UE entend jouer avec ses forces militaires qu'il s'agira de renforcer, comment elle entend accroître sa capacité opérationnelle militaire et son aptitude à soutenir une guerre ainsi que comment les forces militaires nationales devraient être "harmonisées" sous l'égide de l'UE.

Détail piquant: le gouvernement suisse avec son ministre libéral-radical des affaires étrangères Didier Burkhalter comme principal promoteur de ce dossier cherche à subordonner aussi rapidement que possible l'armée suisse à l'UE. Selon ses objectifs officiels, le Conseil prévoit ce nouveau développement des rapports avec l'UE pour l'année en cours – indépendamment de ses efforts visant à conclure un accord-cadre institutionnel avec Bruxelles. Comme cela a été rapporté en avril dernier, il entend prendre cette année encore une décision de principe concernant l'ouverture de négociations avec l'UE sur un nouvel accord-cadre pour une "politique étrangère et de sécurité commune". Il s'agit, pour reprendre les termes du Conseil fédéral, de faire participer la Suisse aux opérations de prévention de conflits, de gestion de crises et de maintien de la paix dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité commune (PECS) de l'UE.

Le DFAE parle de missions pour la paix

Lorsque le quotidien "Basler Zeitung" avait thématisé en avril dernier ce projet gouvernemental violant la neutralité suisse, le DFAE du conseiller fédéral Didier Burkhalter avait pris position à notre demande. On nous a répondu qu'il était important de renforcer la collaboration et de conclure un nouvel accord-cadre avec l'UE dans la perspective de missions pour la paix à l'étranger. Et de poursuivre que ce projet n'est nullement en contradiction avec la neutralité, car la Suisse déciderait seule de la manière dont elle participerait aux actions. De plus, il est exclu que l'armée suisse prête son concours à des interventions militaires pour imposer la paix par la force des armes.

Dans une brève documentation publiée au mois de mai sur le délicat thème de l'adhésion de l'armée suisse à l'UE, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a relativisé une fois de plus son projet. L'UE, a-t-il relevé, a invité la Suisse en octobre 2004 déjà à conclure un accord PESC pour le règlement de crise. Un tel accord, poursuit en substance la DFAE, permettrait de régler simplement par contrat les modalités des futures interventions de la Suisse dans des missions PESC, par exemple en ce qui concerne le statut du personnel suisse et l'échange de documents classifiés. La participation à des actions pour la promotion de la paix est facultative et devrait à chaque fois être autorisée par le Parlement, relevait encore le DFAE.

Le contraste entre ces déclarations lénifiantes et le jargon des experts allemands de la sécurité est saisissant. Dans le livre blanc du gouvernement fédéral allemand sur la politique de sécurité il est question de se préparer à la menace de guerres et de conflits en Europe, d'augmenter massivement les dépenses pour l'armée, de donner un rôle dirigeant aux généraux allemands lors d'actions guerrières de l'UE ainsi que d'"harmoniser" les forces militaires nationales qui acceptent de coopérer en les plaçant sous un commandement commun UE.

L'Allemagne parle de la guerre

Contrairement aux Suisses les Allemands ne susurrent pas des mots doux comme missions pour la paix, promotion de la paix et instauration de la "stabilité". Le livre blanc évoque bien plus la "dissuasion", la "défense collective", voire une "présence renforcée au front par des forces mobiles et rapidement opérationnelles" dans laquelle l'Allemagne jouerait un rôle de leader. Il est même question de "participation nucléaire" ainsi que d'une "contribution durable aux objectifs planifiés par l'OTAN". Toujours selon ce document stratégique, le gouvernement allemand s'est fixé pour tâche d'"encourager une accélération du développement des capacités militaires et une coopération des forces militaires européennes grâce à un concept global impliquant les nations afin de renforcer le pilier européen au sein de l'OTAN". Il s'agit notamment de combler des "déficits de capacité" afin de parvenir finalement à une "union européenne de sécurité et de défense".

En outre, le gouvernement allemand entend pousser le "renforcement d'Etats tiers" ou encore "renforcer les structures de sécurité des partenaires". Par renforcement, il faut entendre concrètement les trois éléments que sont "les conseils, la formation et l'équipement". Il va de soi que si la Suisse conclut un accord-cadre de politique de sécurité avec l'UE elle bénéficierait aussi de ce "renforcement" à la mode allemande.

Première parution dans la "Basler Zeitung" du 18 juillet 2016

Le comité EU-No remercie la BaZ de son autorisation de reproduire cet article.

Benjamin Gafner
benjamin.gafner@baz.ch

04.08.2016 | 590 Aufrufe